Capture d’écran du compte Youtube de Merve

Sur YouTube, le succès des révisions de Merve

Sur YouTube, Merve, étudiante à l’Université de Glasgow, stream en direct ses sessions de travail, suivies chaque jour par des milliers de personnes, surtout des étudiants. 

Un lundi après-midi, 15 heures en France. 14 en Ecosse. Merve, étudiante en doctorat à l’Université de Glascow lance un live sur sa chaîne YouTube. Les quatre prochaines heures sont consacrés à étudier. Des cycles de cinquante minutes de travail, dix minutes de pause. Sur son large bureau en bois vernis, décoré de quelques plantes, sont méticuleusement alignés son ordinateur, ses feuilles et ses cahiers. Sur la fenêtre de chat adjacente au live, quelques centaines de personnes déjà en ligne se saluent. Des viewers connectés depuis la Roumanie, l’Italie, le Danemark, la Norvège, même de Canada et Taïwan. Ce jour-là, Merve se concentre sur “les opérateurs internationaux de l’essence et du gas, et la décarbonisation”. Certains ont prévu de réviser leurs examens, d’autres de préparer leur concours ou écrire des articles.

Depuis la rentrée universitaire de septembre, l’étudiante a pris l’habitude de livestreamer ses séances de révisions. Trois, quatre, voire huit heures, passées devant son bureau le plus souvent face à la fenêtre, qui donne sur les toits des maisons écossaises. Un cadre très apaisant, bercé par le silence qui rappelle le calme de la bibliothèque. Sa chaîne YouTube, c’est son “coin de révision” comme elle l’appelle. Elle y épingle chaque lundi son planning hebdomadaire, et ses vidéos font chacune entre 10 000 et 30 000 vues.

Ici, pas de lofi music, bruits blancs ou images animées qui depuis longtemps conquissent YouTube. Le calme qui règne dans les vidéos de Merve et sa concentration font la force de son contenu, suivi par 156 000 abonnés et avoisinant les 7,7 millions de vues.

Pour ne plus être seul(e)s

Si les relations de proximités crées par les youtubeurs et influenceurs sont la clé de leur business, ici, c’est l’anonymat de Merve qui explique son succès. Ne cherchez pas à savoir qui elle est. L’étudiante, qui souhaite taire son âge et son pays d’origine, ne montre jamais son visage (pas plus sur son compte Instagram).

Vous ne verrez d’elle que ses mains, qui surlignent ses notes ou prennent une tasse de thé. “Elle est d’une certaine façon l’analogie de la BU, décrypte Elsa Godart, philosophe et psychanalyste. Merve et ses vidéos produisent l’effet moteur du désir mimétique, selon la théorie de René Girard [anthropologue et philosophe français, NDLR]. Elle reconstitue cette personne en face de nous à la bibliothèque, celle que l’on regarde et qui nous fascine“.

J’étudie énormément, approuve Merve. J’ai toujours été comme ça. Selon mes camarades, travailler avec moi les aident à progresser. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ont du mal à trouver la motivation de travailler seul dans leur chambre, et ils ont besoin de compagnie pour étudier. Les personnes qui regardent mes vidéos ont le sentiment d’étudier avec d’autres personnes du monde entier“.

Au départ, Merve choisi d’utiliser la “capacité de stockage de YouTube un peu comme un cloud“. Mais fin octobre, à l’heure où les restrictions reprennent et la situation sanitaire s’envenime dans de nombreux pays d’Europe, sa chaîne “explose”. “Le succès de ses vidéos est avant tout l’expression d’une grande tragédie“, déplore Elsa Godart. Et d’ajouter: “Il y a une saturation totale pour les étudiants de ne pas se voir, ne pas être ensemble. Il manque un effet de groupe et le dialogue qui rendent possible le travail“.

Désemparée comme bien d’autres face à la crise sanitaire, Merve a décidé d’aider les gens à son échelle: “Savoir que je peux aider des gens est une parfaite satisfaction pour moi”, se console l’étudiante.

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