Arnold Schwarzenegger dans la peau de son “Jumeau” Danny de Vito dans un deepfake signé The Fake Report

Notre top 10 de deepfake cools

Souvent utilisé comme trucage invisible pour remplacer (ou ressusciter) un acteur indisponible, la technique du deepfake, qui permet de manipuler de manière très réaliste les visages dans une vidéo, a inspiré de nombreux vidéastes amateurs de pop culture. Nous avons sélectionné une dizaine d’exemples remarquables.

Traduit par “hypertrucage” par nos cousins québécois allergiques aux anglicismes, le deepfake est “une technique de synthèse d’images basée sur l’intelligence artificielle [utilisée pour] superposer des fichiers audio et vidéo existants sur d’autres vidéos”, explique Wikipedia, permettant notamment de “changer le visage d’une personne sur une vidéo”. Grâce à des applications mobiles ludiques et simples à maîtriser, la technique n’est désormais plus réservée aux studios hollywoodiens.

Au même titre que la post-synchronisation, l’étalonnage et d’autres techniques utilisées par les cinéastes pour “corriger” leur production, la retouche de visage est un outil permettant de pallier une indisponibilité de comédien, que celle-ci soit temporaire (cette semaine, la série français Plus belle la vie a utilisé le deepfake pour “doubler” de manière invisible une actrice atteinte du Covid-19) ou définitive (comme lorsqu’un acteur meurt durant le tournage, cf le fameux cas d’Oliver Reed dans Gladiator, en 2000). Dans ces deux cas, le deepfake est invisible, ou du moins censé l’être, et constitue un trucage comme un autre. 

Mais dans les mains de vidéastes cinéphiles et inventifs, le deepfake peut a contrario être extrêmement visible, sous réserve de connaître les œuvres et personnes détournées pour apprécier l’exercice référentiel. 

On vous propose un d’horizon de deepfakes remarquables publiées sur YouTube ces dernières années (classées par leur date de mise en ligne) :

1. Un Obama peut en cacher un autre (17/04/2018) 

Alors en pleine rédaction de ses mémoires dont le premier tome vient de sortir, l’ex-président américain apparaît au printemps 2018 dans une vidéo au titre putassier (You Won’t Believe What Obama Says In This Video! 😉 / “vous n’allez pas croire ce que dit Obama dans cette vidéo ! 😉”) publiée par Buzzfeed. Le trucage est rapidement dévoilé avec l’apparition du “doubleur” de Obama pour cette vidéo censée alerter contre les risques de désinformation en prévision de la future campagne électorale : il s’agissait de Jordan Peele, acteur coutumier des imitations d’Obama dans les sketchs hilarants de son émission Key & Peele (2012-2015), depuis devenu scénariste-réalisateur remarqué (Get Out, Us).

2. La relecture meta d’un film culte (10/12/2018)

S’il y a bien un gimmick narratif se prêtant aux remix via manipulation de visage, c’est le sous-genre du body-swap, comprendre l’échange de corps entre personnages, en général justifié par un élément fantastique. En 1997, le cinéaste John Woo l’avait utilisé pour son polar Volte-Face avec son pitch improbable : un agent du FBI (joué par John Travolta) se voyait greffé le visage de son ennemi juré, un terroriste dans le coma (Nicolas Cage), afin de recueillir des informations pouvant prévenir un attentat. Réveillé, le terroriste s’échappait, après s’être fait greffer à son tour le visage de sa némésis, chacun “incarnant” donc l’autre pour des motifs différents. Un synopsis peu crédible mais magistralement mis en scène et qui, dans ce deepfake signé Derpfakes, permet de voir les visages “adéquat” des comédiens, chacun correspondant donc aux rôles qu’ils incarnent. Notons au passage que l’auteur de ce remontage fait visiblement une fixation sur Nicolas Cage.

3. Jim Carrey dans la peau de Jack Nicholson (08/07/2019)

Le compte Ctrl Shift Face, actif depuis fin 2017 sur YouTube, culmine désormais à plus de 81 millions de vues sur la plateforme. C’est sans conteste l’un des plus techniquement talentueux, par ailleurs très doué au jeu du casting alternatif, à savoir imaginer tel acteur à la place d’un autre dans un rôle iconique. Sa série de vidéos remplaçant Jack Nicholson par Jim Carrey dans le traumatisant Shining de Stanley Kubrick en est le parfait exemple.

4. Macron et la French Touch de OSS 117 (21/09/2019)

Cocorico, la France n’est pas dépourvue de créateur de deepfake ! Certe, le bien nommé French Faker est en réalité le seul à notre connaissance –merci d’en signaler d’éventuels autres en commentaire-, ce qui lui vaut notamment d’être derrière les séquences deepfake de l’émission C’est Canteloup (TF1) et des récents plans truqués des épisodes de Plus belle la vie (France 3) évoqués précédemment. En septembre 2019, French Faker avait eu le flair d’incruster la tête d’Emmanuel Macron sur celle de Jean Dujardin, le temps d’une séquence drolatique de condescendance tirée de OSS 117 : Rio ne répond plus. Le titre de la vidéo : [CLASH] Macron s’adresse aux Gilets Jaunes.

5. Une table ronde cinéphile imaginaire mais crédible (11/11/2019)

Les médias spécialisés, en particulier ceux dédiés au cinéma, raffolent des tables rondes entre “talents” pour discuter autour d’un sujet en commun. En novembre 2019, à l’occasion du lancement de Disney+, le site Collider réunissait autour d’une même table Robert Downey Jr, George Lucas, Tom Cruise, Ewan McGregor et Jeff Goldblum pour évoquer l’avenir du cinéma à l’ère des plateformes de streaming. Les acteurs (et le réalisateur) n’étaient bien sûr pas réellement impliqués, mais on peut saluer aussi bien l’efficacité des deepfakes (seules les corpulences différentes des “acteurs-doubleurs” les trahissent) que la qualité de l’écriture de ce segment de 15 minutes, souvent très drôle.

6. Double dose de Schwarzenegger (10/01/2020)

En 1988, le colosse autrichien formait avec Danny DeVito un improbable duo de (faux) jumeaux dans la comédie Twins signée Ivan Reitman. Le Youbeur The Fake Report a donc eu la bonne idée de coller le visage de Schwarzenegger sur celui de DeVito, et le résultat est aussi dérangeant que techniquement réussi.

7. “Star Wars”, inépuisable filon de détournements (24/02/2020)

Finargot est un deepfaker russe (qui d’autre aurait pu avoir l’idée de coller le visage de Vladimir Poutine sur celui de Daniel Craig ?), qu’on imagine également fan de Star Wars, l’une des franchises les plus remixées du web. En février 2020, le vidéaste a remplacé le visage du fade Hayden Christensen (Anakin Skywalker, futur Darth Vader, dans les épisodes I, II et III de la saga) par celui d’Adam Driver, futur Kylo Ren (soit le petit fils de Darth Vader) dans les épisodes VII, VIII et IX. Le remix n’est donc pas totalement gratuit, puisqu’il fait écho à la généalogie des personnages – rappelons que Lucas lui-même est un amateur de telles manipulations, cf les tripatouillages par ses soins de sa première trilogie.

8. Une illustration des occasions manquées (10/07/2020)

L’usage du deepfake permet de concrétiser des visions prévues à un moment mais jamais réalisées, à l’image du casting initial de l’acteur Tom Selleck, en lieu et place de Harrison Ford, dans le rôle d’Indiana Jones ; Selleck, contraint d’honorer son contrat pour la série Magnum, n’avait pas pu incarner l’archéologue aventurier. Grâce au très doué vidéaste Shamook, on peut comprendre pourquoi Steven Spielberg et George Lucas avaient envisagé un tel casting. 

9. Salut les musclés (07/10/2020)

Rivaux du box office dans les années 80/90, les stars du film d’action Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger se prêtaient parfaitement à une relecture de la comédie culte Frangins malgré eux (2008), s’incrustant respectivement sur les corps de John C. Reilly et Will Ferrell. Signé Brian Monarch, ce deepfake parfait a été, depuis sa première mise en ligne, également proposé en version doublée par un imitateur.

10. Sassy Justice Trump (26/10/2020)

 

Plusieurs des vidéastes cités dans cette liste, tels Ctrl Shift Face ou DerpFakes, ont été engagés avec d’autres de leurs pairs sur un curieux projet émanant des créateurs de South Park, Trey Parker et Matt Stone : Sassy Justice. Le personnage qui donne son nom à cette websérie n’est autre que Donald Trump – du moins, il en a les traits. Mark Zuckerberg est également de la partie dans ce délire satirique prometteur – un seul épisode a pour l’instant été mis en ligne. 

BONUS : Un dictateur chez les mafieux

Les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas le monopole des deepfakes : un créateur égyptien, Muhammad XAchraf, en produit également. En mai 2020, moins de trois mois après sa mort, l’ex-dictateur Hosni Moubarak se retrouvait ainsi grâce à lui dans la peau du Robert de Niro dans les deux classiques de Scorsese, Les Affranchis et Casino.

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