De la technique Spartacus aux lasers éblouissants, comment déjouer la reconnaissance faciale

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Elle est volante, virtuelle ou en CCTV… la reconnaissance faciale est partout. Mais si vous voulez rester incognitos, de plus en plus d’innovations proposent des solutions. En voici quelques unes.

La feinte du faux jumeau

C’est vous, avec un petit je-ne-sais-quoi. La start-up Generated Media, connue pour ses portraits photo-réalistes générés par intelligence artificielle (IA) – plus de 2 millions de photos de personnes qui n’existent pas vraiment – a encore frappé. Avec Anonymizer, passez votre photo à la moulinette des réseaux adverses génératifs (GAN), un genre d’algorithme qui permet de générer des images réalistes, pour obtenir un portrait qui vous ressemble sans être tout à fait vous. Téléversez simplement un selfie bien éclairé et le service vous fournit 20 jumeaux numériques. 

Pour un effet similaire IRL, on optera pour un “projecteur facial portable”, développé par l’artiste chinoise (depuis les Pays-Bas), Jing-Cai Liu. Malheureusement, le produit est imaginé pour un “monde fictionnel et futuriste où la reconnaissance faciale est prépondérante” et reste donc au stade du projet artistique. Pour le moment du moins 👀

Autre option, les lunettes psychédéliques qui font triper les logiciels. Mises au point en 2016 par des chercheurs de la faculté Carnegie Mellon, des points de repères faciaux sont recréés dans la monture. Les chercheurs ont réussi à berner un système Alibaba, géant du commerce électronique chinois. Ils ont ainsi fait croire qu’une femme asiatique était un homme du moyen-orient ou que l’algorithme avait à faire à une célébrité. Vous voici dans la peau de John Malkovich…

https://www.cs.cmu.edu/

☞ La technique dite “Spartacus

Souvenez-vous de cette scène culte dans le Spartacus de Kubrick. Pour éviter à ses frères esclaves le châtiment de mort, Spartacus s’avance, courageux, prêt à se rendre. “Je suis Spartacus”, le devance son acolyte. “C’est moi Spartacus”, enchaine son voisin. “Je suis Spartacus”, retentit une troisième voix, “c’est moi”, rétorque une autre… et le brouhaha s’élève. Puisque tout le monde est Spartacus, plus personne ne l’est, et le meneur de fronde est (attention spoiler) épargné.

Ici c’est la même chose, sauf que vous êtes Leo Selvaggio, fondateur américain de URME surveillance (tu es moi, en langage texto anglais), projet par lequel l’artiste distribue des masques à son effigie pour collectivement nous protéger de la surveillance. Ses masques existent pour toutes les bourses, en papier, en impression 3D réaliste ou en version numérique. 

Vous préférez être l’OG ? Pas de problème. Une société japonaise propose de copier votre visage sur des masques réalistes en 3D et les vendre à des tierces personnes. Bonus : si votre visage devient populaire, vous récoltez un peu d’argent.

Une solution pas aussi creepy qu’elle n’en a l’air : en 2019, des chercheurs de la firme d’IA Kneron dupaient des systèmes de reconnaissance faciale de banques, d’aéroports ou de barrages routiers en portant un masque à l’effigie d’autres personnes. Cependant, certaines technologies, comme celles d’Apple et d’Huawei ne se laissaient pas tromper si facilement. 

On rappelle tout de même qu’en France il est interdit de dissimuler son visage dans l’espace public

Révéler pour mieux cacher 

Pour protester avec style, adoptez la technique CV Dazzle ou l’anti-surveillance en mode Jean-Louis David. Frange déstructurée qui couvre les yeux, coiffure bicolore et bijoux de visage, en recréant des lignes et en camouflant d’autres, le maquillage rend plus difficile l’exploitation des points clés de notre faciès. L’auteur du “dispositif”, l’artiste américain Adam Harvey, prévient cependant : “échapper à la reconnaissance faciale nécessite une connaissance de l’algorithme”. La plupart de ses looks ont été développés il y a plus de 10 ans pour tromper l’algorithme de détection Viola-Jones et ne fonctionneraient pas, par exemple, sur un réseau de neurones à convolution, précise-t-il.

Si vos talents de make-up artist ne sont pas au point, la designeuse polonaise Ewa Nowak a créé de très beaux bijoux en cuivre, destinés à camoufler les points clés du visage. Attirer l’attention sans être reconnu, l’art délicat du paradoxe… 

La French Touch (interdite en France)

D’humeur plutôt radicale ? Kickstarter a dans les tuyaux ce qu’il vous faut : Blanc, un masque qui protège à la fois du Covid-19, de la surveillance, et vous permet de “regagner le contrôle de votre identité visuelle, de vos émotions et de vos expressions”, vendent ses créateurs. Sous un design de casque de moto en forme d’oeuf, Blanc est doté d’un filtre HEPA et cache entièrement votre visage – ce qui le rend donc illégal en France, mais légal dans 95 % des pays du monde, assure l’équipe. Le produit est customisable (plutôt œuf de Fabergé ou tendance zen Kintsugi ?)et les designeurs travaillent actuellement à un transformateur de voix qui devrait donner une toute autre dimension à cette invention.

Cela vous paraît irréaliste ? Sachez tout de même que la campagne de financement a récolté plus de 233 000 euros, sur un objectif de 16 465 euros, et qu’il reste encore un mois pour les pré-commandes. Pour les curieux : oui, le masque est compatible avec la barbe (l’équipe à 8/9 masculine en témoigne) et non, cela ne créé pas de buée sur vos lunettes. 

Sur le territoire français, on pourra tenter le masque Surveillance Exclusion, conçu par l’artiste Jip van Leeuwenstein sur le même principe, sauf que transparent. Ça passe ou ça casse. 

Attrape les lasers

Comme les hongkongais qui tentaient de contrecarrer les technologies de surveillances avec des lasers, le japonnais Isao Echizen, chercheur à l’Institut national d’informatique du Japon, a mis au point des lunettes à “lumières LED quasi infrarouges qui ajoutent des éléments aux images photographiées sans affecter la visibilité humaine”. En allumant la zone autour des yeux, les lunettes déroutent les systèmes de reconnaissance, qui passent leur carré de détection à votre voisin. 

Sur le même modèle, on citera les lumières Reflectacles, du lunetier Scott Urban, qui éblouissent la CCTV et la génération suivante pour empêcher la cartographie faciale. Une solution assez DIY qui, il faut bien l’avouer, risque de difficilement rivaliser avec des systèmes de plus en plus sophistiqués.

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