Coupe de France du mème : l’évènement de l’année pour la neurchisphère

C’est comme une coupe de France de foot, mais avec des mèmes. Pour la deuxième année consécutive, la Coupe de France de Mème débutera cette semaine pour désigner le meilleur mème du pays. Un évènement de la sous-culture web de la neurchisphère qui passe sous le radar médiatique mais qui rassemble tout de même plus de 85 000 personnes.

Le championnat regroupe les meilleurs neurchis (verlan de “chineur”) du Facebook français, ces groupes où l’on poste des mèmes – des images que les créateurs détournent et diffusent et qui évoluent au fil de leurs transmissions – sur des thèmes ultra précis – de la libéralisation du travail aux films cultes de la génération Y. Un monde de la culture web très codifié et parfois incompréhensible pour les newbies mais dont les enjeux et le vocabulaires sont facilement accessibles si l’on veut s’y intéresser. Quelles sont les règles et à quoi ressemble la neurchisphère ?

On a discuté avec Théodore Véron, étudiant de 18 ans et co-fondateur, avec Lucie Boissé, de la Coupe de France du Mème.


CTRLZ: Quelles sont les règles du championnat ?

Théodore : Le principe est calé sur la coupe du monde. Il y a 32 équipes qui s’affrontent, toutes de neurchis différents. Ces équipes sont regroupées dans huit poules de quatre. Il y aura donc des phases de poule où chaque neurchi affronte les trois autres neurchis de sa poule.

Les matchs se passent de la manière suivante : on envoie un template, c’est-à-dire une image à partir de laquelle les équipes doivent créer leur mème, 24 heures à l’avance. On le récupère une heure maximum avant le début du match, on le met sur une publication en opposition avec le mème d’une autre équipe. Les deux mèmes sont anonymes, l’un est représenté par la réaction Coeur, l’autre par le Haha. Pendant 24 heures, les gens votent pour le mème qu’ils préfèrent et celui avec le plus de votes remporte la manche.

Cette année, on introduit une nouvelle règle : le Like équivaut à un vote blanc. S’il y a plus de Like que de réac’, alors c’est un match nul.

CTRLZ: Y’a t-il des sanctions prévues pour faute de jeu ?

Théodore: Il y a des pénalités prévues, notamment en cas d’appel aux votes. Comme les publications sont anonymes, les neurchis pourraient vouloir appeler à voter sur leurs propres groupes – c’est strictement interdit. Pénalité aussi si le mème posté n’est pas une création originale (OC, dans le jargon, Ndlr) mais ça n’arrive que très rarement. Les sanctions vont des pénalités de votes à match perdu.

CTRLZ: Il y a eu des accusations de plagiat lors des phases de qualification. Peux-tu nous raconter ?

Théodore: On vient en effet de passer les phases de qualifications. Sur les 32 neurchis participants, 16 ont été qualifiés sur invitation suite à leur performance de l’année passée et 16 autres ont été sélectionnés pendant la semaine de qualification. Les équipes devaient fournir 3 mèmes et on comptabilisait le cumul de réactions. Le Neurchi de Fatal, qui chine les mèmes Fatal Bazooka, a fait deux mèmes très similaires à certains que l’on pouvait retrouver sur le réseau social Reddit. On demande aux équipes de vérifier qu’un mème n’a pas été fait avant de le soumettre. Or, ceux-ci ont été retrouvé très facilement, cela n’a donc pas été fait. Même si ce n’était pas forcément volontaire, on a décidé de ne pas comptabiliser ces mèmes et ils ont pu en proposer deux autres.

CTRLZ: Cela demande un travail de vérification et d’arbitrage important…

Théodore: C’est en effet assez énergivore et chronophage. L’année dernière, on découvrait l’exercice en même temps que tout le monde. Là, on sait à quoi s’attendre, on est plus organisés ça nous prend donc moins de temps. Pour les vérifications, c’est la communauté qui s’en charge. Sur les 85 000 personnes du groupe, il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’un mème lui en rappelle un autre. La plupart des templates viennent de Neurchi de Templates. Dans les commentaires, les gens répondent avec leurs propres créations, c’est donc facile de vérifier. Même si pour la Coupe, on essaie de proposer des templates pas trop connus pour faciliter le travail des créateurs.

CTRLZ: Qui sont les grands favoris et les outsiders à suivre ?

Théodore: Dans les grands favoris, il y a le gagnant de la première édition Neurchi de Kaamelott, venu défendre son titre, et le vainqueur de la “petite coupe”, un championnat réservé aux neurchis à moins de 4000 membres avec Neurchi de memes 974, le Neurchi pour la Réunion. Il y a aussi Neurchi de flexibilisation du marché du travail, le plus gros neurchi français et Neurchi de Kemar, qui a fini premier de la semaine de qualification.

Parmi les outsiders : Neurchi de Peepoodo, qui faisait partie des petits neurchis l’année dernière et est allé jusqu’en demie finale, Neurchi de Jancovici, autour d’un ingénieur qui théorise sur l’écologie et la décroissance ou Neurchi des 100 000, un groupe créé très récemment et qui change de thème chaque semaine.

CTRLZ: Qu’est-ce qui fait un bon mème ?

Théodore: Un bon mème doit parler au plus de monde pour rassembler le plus de réactions. Il y a certains codes à respecter, comme le détourage, la police d’écriture…Au niveau du template, ce qui fonctionne bien est de ne pas l’utiliser dans son sens premier et de le détourner un maximum. L’humour noir marche bien – l’année dernière, on a eu le running gag (le comique de répétition, ndlr) avec le Neurchi de petit Grégory.

L’humour absurde aussi. Le mème qui a le mieux marché est un template du Seigneur des anneaux où Patrick Balkany remplace l’un des personnages et dit Fraudons, au lieu de Frodon.

Les mèmes sur le sexe marchent toujours bien – la communauté neurchi est très masculine et l’humour peut être assez puéril.

Neurchi de Mike Myers

Les mèmes sur l’écologie, le complotisme ou sur la compétition en elle même
fonctionnent aussi.

CTRLZ: Il y a des neurchis très pointus, comme Neurchi de Système de poulie ou Neurchi de Vilebrequin.Quelle est la dynamique derrière ces groupes ?

Théodore: Le premier neurchi a été créé en 2016, Neurchi de mèmes. Le principe était de se rassembler dans ce groupe et poster des mèmes. Il y a un esprit communautaire, une bonne ambiance, on est là pour décompresser après les cours ou le travail, partager ce qu’on créé. Une image créée en dix minutes sur notre téléphone peut rapporter 5000 likes. 80 % des membres ont entre 18 et 24 ans. Le contenu est centré autour de la culture millennial : OSS 117, Mission Cléopâtre, Kaamelott…

CTRLZ: A 18 ans, tu fais pourtant partie de la Gen Z. Les neurchis n’ont-ils pas convaincu cette génération ?

Il y a la barrière Facebook. Ce réseau n’est plus très utilisé par les moins de 18 ans. Parmi mes amis, je suis le seul à encore utiliser Facebook et je ne vais que sur les Neurchis. La communauté Neurchi n’est que sur Facebook. On les retrouve un peu sur Instagram, les groupes vont poster leurs meilleurs mèmes, mais il n’y pas ce principe de groupe fermé qui permet de créer une sphère plus privée avec certaines règles, une ambiance particulière.
Par exemple, sur Neurchi où on fait semblant d’être sur Neurchi en 1891, c’est un véritable jeu de rôle. Il y a un président qui parle comme en 1891, les gens font des mèmes comme s’ils étaient en 1891, ils ont un ennemi communs, les prussiens.

L’Amicale du Meme eux, ont carrément créé un univers avec des personnages dessinés comme Tchoupi. Ils font des bd-mèmes, très propres, très belles, où le personnage évolue.

CTRLZ: Les Neurchis sont-ils une spécificité française ?

Théodore: C’est une spécificité francophone. Il y a des groupes belges, suisses, québécois. Dans le monde anglophones, les mèmes restent essentiellement sur Reddit. Il n’y a pas d’équivalent de communautés Facebook à thème.

CTRLZ: Y’a-t-il un savoir-faire français en matière de mèmes qui en découle ?

Théodore: Je ne sais pas, les mèmes anglais sont très très bons. Le mème est un concept anglais et les premiers en France étaient des traductions. Il y a de bons créateurs, de vrais talents mais meilleurs que les autres ? Je ne pense pas.

CTRLZ: Penses-tu que la création de mème se professionnalise ?

Théodore: Le créateur du premier Neurchi, Yugnat999, a maintenant la certification Instagram et des centaines de milliers de followers (529K, ndlr). Ça lui permet de faire des sponso et de gagner un revenu.

Il y a aussi Memes décentralisés, qui font des mèmes sur la ruralité. C’est un duo qui est derrière ce compte, ils ont beaucoup d’abonnés, ont mis en place une boutique, ils ont différentes activités qui leur permettent d’assurer des revenus.

Je vois également de plus en plus de mèmes être utilisés comme outil marketing, des entreprises qui font leurs pubs sur les réseaux sociaux en utilisant des mèmes. Certains sont assez maladroits, d’autres sont bons. C’est un outil visuel qui marche bien.

Campagne #MajeDoesMemes
Collection capsule du Printemps pour la Saint Valentin en collaboration avec le compte insta Vogue Turfu

CTRLZ: As-tu un conseil pour ceux qui découvrent tout juste cette culture et voudraient suivre la Coupe de France ?

Théodore: Je leur conseillerais de ne pas rejoindre que le groupe de la Coupe. Il faut apprivoiser le concept de neurchi. Le mieux est de commencer avec un thème qu’on aime bien, notre film préféré, nos goûts musicaux, le neurchi de son école… Ça permet d’apprendre à maitriser les règles, le vocabulaire.

7 Commentaires
      1. Merci beaucoup, et désolé pour les majuscules intempestives. C’était pas volontaire mais la police utilisée sur votre site ne permet pas de distinguer les majuscules avant que le message soit posté.

  1. Hello, petit erratum : le groupe avec le multiverse et les personnages de tchoupi c’est plutôt l’amicale du meme, pas l’amicale de la neurchisphere. Même si les deux sont liés, les webcomics et memes sont postés sur le premier, pas le second.

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