Capture d’écran du site clubhouselovestexas.com

#CHLOVESTX : comment Clubhouse s’est transformé en téléthon virtuel

En février, alors qu’une vague de froid inédite qui frappait l’État du Texas provoquait de nombreux sinistres, des influenceurs Clubhouse ont décidé d’utiliser l’application pour venir en aide aux sinistrés. Un Téléthon numérique qui a permis de récolter près de 150 000 dollars.

Lancé il y a un an, Clubhouse est une application mobile (dispo uniquement sur Iphone) qui permet d’organiser des discussions audio dans des room (salles de discussion avec plus ou moins de participants et d’auditeurs).

Harold Hughes, jeune entrepreneur et habitant d’Austin (Texas) était déjà actif sur ce nouveau réseaux social. Soucieux de voir que Clubhouse pourrait devenir le nouveau repère des “tech bros” de la Silicon Valley, il y avait co-créé le groupe “Black Founders Club” afin de faire exister une alternative communautaire aux espaces trop nombreux dédiés au business et à la tech.

Mais quand, en plein coeur de l’hiver américain, une vague de froid inédite touche le Texas, provoquant la mort de 38 personnes et entrainant des dégâts pour plus de 15 millions de locaux (problèmes techniques, coupures de courant ou d’eau, etc), Hughes refuse de rester les bras croisés. Dans un article publié sur One Zero (le média Tech de la plateforme Medium), il raconte :

“Je me suis demandé comment mettre à profit mon statut de privilégié et comment mettre en commun des ressources pour aider les autres ?”

Une room dédiée…

Rapidement, le chef d’entreprise songe à Clubhouse et lance, le 17 février, une room dédiée intitulée : “Aider nos voisins : Austin a besoin d’aide“, dont il fait la promotion sur Twitter.

Son initiative de collecte pour le Texas est alors rapidement reprise par d’autres influenceurs de l’application, parmi lesquels Kat Cole. Cette ancienne cadre à Focus Brands, qui possède un million d’abonnés sur l’app, a rapidement senti le potentiel de l’initiative et décidé de s’y impliquer : “C’était un lien entre la technologie et la communauté” confie-t-elle à One Zero.

Quelques jours à peine après la première room de Hughes, une nouvelle room est lancée le samedi 20 février, rassemblant plusieurs associations de terrain, afin de réfléchir aux actions à mener la semaine suivante. Au final, la room rassemble plus de 3 000 personnes. Ce qui devait alors être une réunion entre résidents pour discuter des aides à fournir pour la communauté s’est transformé en une initiative de bien plus grande ampleur baptisée “Clubhouse Loves Texas”.

Comme l’annonce Kat Cole dans une série de tweets destinés à faire connaître ce grand téléthon, 3 objectifs sont fixés :

1. Collecter des fonds pour les associations locales et les besoins sur le terrain, au Texas

2. Sensibiliser et alerter sur ces besoins

3. Mobiliser la communauté présente sur Clubhouse afin qu’elle donne et aide les sinistrés dans le besoin

…transformée en grand téléthon numérique

Si, comme on le verra, tout ne s’est pas déroulé uniquement sur l’application, ClubHouse est resté le lieu central de ce téléthon virtuel inédit. Durant une semaine, les évènements se sont succédés sur la plateforme, non sans une certaine organisation. Chacun étant encouragé à proposer le sien via un formulaire Google :

“Les créateurs et membres de l’app Clubhouse, ainsi que des artistes, célébrités et plein d’autres personnes lancent une semaine de collecte de fonds sur la plateforme avec comme évènement de lancement un concert qui aura lieu dimanche à 15h. Cela lancera une série de moments de collectes qui auront lieu toute la semaine, programmés régulièrement dans des rooms dédiées (…) Si vous vous êtes répertorié comme évènement officiel sur le site officiel #CHLOVESTX, merci de compléter le formulaire ci-dessous et nous vous ferons suivre les infos complémentaires pour vous inclure dans le programme officiel de la semaine”.

Ainsi, toute la semaine du 21/22 février (et même au-delà), des dizaines de rooms organisées sur des sujets divers étaient dédiées à ce grand téléthon #CHLOVESTX, comme le relate One Zero : “organisés et promus par quelques-uns des plus gros influenceurs de la jeune application, les évènements allaient de performances et conversations avec des célébrités, jusqu’à des book clubs, en passant par des table-rondes de médecins”.

Aussi (surtout ?), c’est un véritable festival de musique virtuel qui s’est organisé en parallèle et en direct sur l’application, avec un premier évènement / concert de plus de 5h le dimanche 21 au soir, rassemblant de nombreuses stars parmi lesquelles des artistes (dont le rappeur américain 21 Savage), mais aussi de nombreux sportifs, à l’image du joueur de basket-ball Baron Davis (1M d’abonnés sur Twitter), des joueurs des Houston Texans, Justin Reid ou encore Whitney Mercilus.

L’évènement, relayé dans la presse locale, a connu un véritable succès, comme le notait Hughes, au lendemain de l’évènement :

“Quelle nuit. Nous avons récolté près de 75 000 dollars auprès de 438 personnes pour aider notre communauté dans l’Etat du Texas ! Ce n’est que le début”

D’autres concerts se sont succédés dans les jours suivants :

Au moment où nous écrivons ces lignes, et après près d’un mois d’existence, la cagnotte mise en ligne a récolté près de 150 000 dollars auprès de plus de 750 personnes.

Les limites de la plateforme

Cela peut sembler étonnant d’organiser une récolte de fonds sur une application où l’on ne communique que par la voix et ce, dans des espaces éphémères dont il ne reste aucun replay, aucune trace.

Si les évènements se sont tous déroulés sur Clubhouse, des “outils” habituels de mobilisation ont été utilisés en parallèle. Les organisateurs ont donc créé un site, un hashtag #CHLOVESTX (qui servait à tagguer tous les évènements “officiels” organisés sur Clubhouse, mais aussi à diffuser l’initiative sur Twitter), ainsi qu’un filtre à ajouter à sa PP (photo de profil) pour participer à la promotion de l’évènement et encourager les gens à donner.

source: https://twitter.com/ShakaSenghor/status/1363636250272407553/photo/1

Le plus important : il fallait trouver une solution pour permettre aux gens de donner de l’argent. Car si l’application travaille sur un système de rémunération pour des créateurs, elle ne propose – contrairement à Facebook – aucun outil pour récolter des fonds. Pour rendre leur initiative efficace, les organisateurs de “Clubhouse Loves Texas” ont créé une page sur le site internet Pledge (équivalent d’une cagnotte Leetchi). Les donateurs pouvaient également recevoir un lien direct vers la plateforme en envoyant “CHlovesTX” par message au 707070 (aux États-Unis seulement).

Le pouvoir de la voix et de l’instant

Les asso ou organisations utilisent généralement Facebook pour organiser ce genre d’initiatives caritatives, notamment parce que le réseau social permet non seulement de toucher énormément de monde mais aussi d’organiser sur le même espace les évènements, leur promotion, ainsi que la collecte elle-même, ce qui est particulièrement pratique. Alors pourquoi avoir choisi le – relativement – confidentiel Clubhouse (même si aux Etats-Unis l’app est plus installée qu’en France) ?

Pour Colleen Hagerty, la journaliste de One Zero, “le succès de cette initiative locale reflète la promesse faite par Clubhouse de réussir à galvaniser les communautés, ce qui est un enjeu particulièrement important en période de crise”. Ce que confirment toutes les personnes qu’elle a pu rencontrer, à l’image de Hughes :

“Twitter est assez asynchrone, je ne peux pas vraiment obtenir autant d’engagement, mais si j’ouvre une salle sur Clubhouse, je vais y rassembler entre 1 500 à 2 000 personnes.”

De son côté, Denise Hamilton, une autre organisatrice de l’évènement, précise que s’il était évidemment question de récolter des fonds, l’enjeu était aussi d’alerter sur le sort des sinistrés, en-dehors de l’Etat du Texas. En ce sens, elle le compare à un téléthon :

“La nature éphémère de l’évènement suscite une sorte de FOMO [ Fear of missing out, c’est-à-dire la peur de manquer un truc important, ndlr.] qui alimente l’intérêt pour les éléments taggués #CHLovesTX”

Et d’ajouter : “le fait que l’application permette de rassembler des milliers de personnes dans de multiples rooms durant plusieurs jours est tellement supérieur à un groupe Facebook statique, ça n’a rien à voir, c’est comme comparer des pommes et des oranges.”

Ce pouvoir de l’instant et du direct, est également plébiscité par Gabriele Almon, l’une des 3000 participants à la room du samedi, qui s’est confiée à One Zero :

“On peut entendre les gens charger des choses dans leur voiture, on peut entendre la pluie ou le temps qu’il fait dehors, et cela ajoute donc un sentiment d’authenticité”

Sur Clubhouse, plus qu’un texte explicatif sur les motivations de la cause, la discussion qui prend place est une aubaine pour ceux qui souhaitent apprendre, débattre, s’interroger ou bien même se divertir. Une mise en exergue numérique d’une meilleure transparence et d’une forme d’authenticité du direct. La possibilité d’interagir directement avec les organisateurs permet de se faire une idée précise de la cause et de son ambition, quand certaines organisations ou cagnottes peuvent sembler moins concrètes.

Quelles seraient alors les limites de la plateforme pour ce genre d’évènements ? Comme toujours lorsqu’il est question d’argent, c’est la fraude… Alors que sur Facebook, les arnaques caritatives sont monnaie courante, Clubhouse risque très certainement de les voir également débarquer si des initiatives similaires se reproduisent et se généralisent. En l’occurrence, les organisateurs ont eu la bonne idée de contacter directement Clubhouse, comme le raconte Kat Cole : “ils ont accepté de fermer toute room qui utiliserait le hashtag de façon inappropriée et semblerait louche”.

Est-ce que Clubhouse a disrupté le téléthon, comme le titre One Zero ? Difficile d’aller jusque-là en l’état, étant donné que l’opération s’est largement appuyée sur des outils extérieurs à l’app.

Ce qui est certain, c’est que les organisateurs sont ravis de ce téléthon numérique, à l’image de Denise Hamilton qui précise à One Zero que ce n’est pas “une question d’outil mais de ceux qui l’utilisent” et pour elle :

“Cet environnement est juste parfaitement prêt pour que des bonnes personnes qui partagent des histoires importantes et pour que ça puisse bénéficier à l’humanité”.

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